Depuis un certain temps, j'avais du mal à trouver du sens à mon chemin. Moi qui n'ai guère de plaisir à marcher (dans ces conditions, souffrances du chemin, poids du sac...) la solitude du chemin me devenait également pesante. C'est pourquoi j'avais pensé faire une petite pause à l'abbazia San Michele pour réfléchir à tout cela. Mais c'est sur le chemin que j'ai pris la décision d'interrompre ce pèlerinage dans le petit village de Castagnole et de revenir en France.
Cette décision a apaisé mon coeur qui n'arrivait pas à
se réconcilier avec ma tête depuis le départ. Le séjour à Taizé m'avait permis d'adoucir cela même si la rencontre avec un frère avait suscité cette question de sa part: " Ne serait-ce pas le pèlerinage de trop?". Je n'avais réussi qu'à bredouiller un "peut-être" du bout des lèvres. D'autres m'avaient dit avant de partir: "Fais attention que ce ne soit pas une fuite". Alors j'avais trouvé de belles raisons à ce chemin de pèlerinage pour justifier son départ. La présence d'autres pèlerins, à de nombreuses reprises, m'a permis d'éviter d'écouter ce trouble intérieur. Ensuite, je m'étais fait une sorte de défi personnel de pouvoir franchir les Alpes. La beauté des paysages aidant, cela ne fut pas trop difficile de n'écouter que les oiseaux et le bruit du vent s'engouffrant dans la vallée. Mais en Italie, je me suis retrouvé face à moi-même et j'ai compris que je n'étais plus vraiment à ma place ici. L'idée d'un retour anticipé s'est faite de plus en plus pressente et j'ai fini par faire ce choix difficile de l'interruption de mon pèlerinage. Dans le train au départ de Turin, un sentiment de paix m'a gagné et depuis, à aucun moment, je n'ai eu l'impression d'avoir fait un mauvais choix.
Mais mon pèlerinage n'est pas encore tout à fait fini. Je me rends avec mon bâton et mon sac (qui contient toutes vos intentions) à Taizé pour plusieurs jours, où je vais déposer au Seigneur Jésus Christ tous ceux que je portais et tous les messages confiés en chemin. Je vous demande pardon de ne pas pouvoir assurer l'engagement que j'avais pris de déposer vos intentions à Assise et Rome. Soyez assurés de mes prières et belles pensées à vos égards.
Amitiés pèlerines.
Hubert
Photos: l'abbazia San Michele (photo prise sur le net) / Coquille et croix portées autour du cou sur le chemin