Je crois qu'il commence quand notre esprit a pris la décision de partir et que notre corps se prépare à sa manière: une petite boule prend place dans l'estomac en l'attente de l'a-Dieu du départ, tandis que la bouche clame chaque jour un peu plus, que "ça y est, c'est décidé !". Cela, peut être pour s'en persuader, pour être sûr que l'homme ne changera pas d'avis d'ici là.
Depuis que j'ai pris cette décision de partir le 19 mai prochain, j'ai l'impression que l'esprit du chemin s'imprime déjà dans mon quotidien. Je n'ai toujours pas regardé mon itinéraire en détail et cela ne m'inquiète pas du tout. Dès que je rencontre une personne qui me confie avoir des soucis ou un proche en souffrance, je lui propose de l'associer aux prières et intentions que je vais porter tout au long du chemin. Mon carnet se remplit chaque jour un peu plus, tandis que mon esprit s'allège et la confiance dans le chemin grandit.
Samedi dernier, un ami séminariste a été ordonné prêtre. Il a reçu la confirmation de sa vocation lors de son pèlerinage à Compostelle en 2007. Le lendemain de son ordination, il célébrait sa première eucharistie dans une petite église située sur le chemin jacquaire qui relie Namur à Vézelay. En rentrant dans l'église, il a eu la belle surprise de découvrir une pèlerine qui venait du nord de l'Angleterre. Religieuse, elle est partie depuis son couvent, à pied, sur la Via Francigena qu'elle vient de quitter pour rejoindre Dijon, puis Assise et Rome. C'est avec beaucoup d'émotion que mon ami l'a bénie à la fin de la messe. Par la suite, j'ai pu échanger quelques mots avec elle... Elle m'a confié être particulièrement surprise de la générosité du chemin pour ceux qui osent s'abandonner en toute confiance. C'est avec des étoiles dans les yeux qu'elle m'a livré les motivations de son départ: "J'ai retrouvé la santé grâce au pape Benoit XVI. Je me dois d'aller le remercier." Elle avance ainsi de presbytères en presbytères, faisant des étapes d'une vingtaine de kilomètres. Son parcours étant rempli de détours vers des lieux saints qu'elle souhaite visiter, il est possible que je la retrouve à nouveau, quand j'aurai repris ma coquille et mon bâton.
Malgré les sombres ciels et la pluie qui habillent nos journées, j'ai hâte de prendre mon départ...